L’événement du week-end ne se tenait pas à Bruxelles, où le concert des nations tentait d’écrire une nouvelle symphonie européenne, mais bien Porte de Pantin. C’est ici que le génial webzine Pitchfork a décidé de s’installer pendant deux jours pour organiser un festival des plus éclectiques. Fait inédit outre atlantique puisque c’est la première fois que cela se passe en Europe. Nous ne pouvons que nous réjouir que Pitchfork ait décidé de s’implanter dans les grandes halles de la Villette, haut lieu du rock’n’roll puisque les Stones ou encore les Who y ont posé leurs guêtres dans les années 70.

Pitchfork c’est la bible pour tous ceux qui souhaitent découvrir de la bonne musique contemporaine. Electro, hip-hop ou rock, le site, créé à Chicago il y a une dizaine d’années, couvre un large éventail et peut aujourd’hui se targuer d’être l’un des critiques musicaux le plus influent de la planète. Ils ont donc un statut à confirmer et pour sa première édition européenne, ce festival ne fait pas dans la demie mesure. Au niveau des prix tout d’abord, 80 euros le pass 2 jours, ça fait mal au porte monnaie mais l’on consent volontiers à les débourser lorsqu’il s’agit d’un événement que l’on attend depuis de longs mois. Concernant la programmation, celle-ci est très pointue et promet un déluge de synthétiseurs et d’électro bien violente tout comme de la chillwave et de la musique plus calme à la limite du mysticisme. Bref, de quoi procurer à plus d’un, un bel orgasme musical.
Le coup d’envoi avait lieu vendredi. Au programme, entre autres, les magnifiques Washed Out, le brillant Pantha du prince ou encore le taré Aphex Twin, dont le venue est un petit miracle tant le britannique se fait de plus en plus rare sur scène. Pas besoin de vous dire que sur le papier le line up nous faisait saliver comme des gamins devant une montagne de Haribo. Première impression dès l’arrivée : Pitchfork a réussi à amener une population internationale à son festival. On ne parle qu’anglais à l’intérieur de la grande halle ce qui montre l’importance du webzine en Europe mais surtout, cela met en place de grandes attentes vis à vis de cette première édition. Fucked up ouvre le bal et son fou furieux de chanteur commence à électriser la salle. Il gesticule partout et finit torse nu, arborant fièrement son bide à bières, dans la foule en prenant des photos avec ses fans. Leur succède Real Estate, dont le tout nouvel album caractérise très bien l’esprit de Pitchfork. Un rock fluide et harmonieux dont l’utilisation des synthés se marie à merveille avec des lignes de basse envoutante. Néanmoins, le concert manque un peu de chaleur et le groupe peine à reproduire ce à quoi il nous avait habitué en studio. Nous sommes un peu déçus mais on n’oublie pas que c’est une des premières fois que le groupe nous livre leur dernier opus Days sur scène et que celui-ci est bien plus complexe que le précédent.
Il est alors temps d’aller se chercher une pinte à 7 euros et de se fumer une clope rapidement car Washed Out se prépare à monter sur scène. Mon impatience a du mal à se contrôler car Ernest Greene de son vrai nom a, avec Within and without, publié une œuvre superbe, aux mélodies touchantes, qui parvient aux oreilles comme une vague sur le sable, parfois brutalement mais toujours apaisante. C’est d’ailleurs avec des artistes comme lui que le nom Chillwave a été donné à ce nouveau genre des années 2000 qui allie synthés, ordinateurs et instruments à cordes pour un résultat qui vous envoie dans une autre dimension. Panda Bear, Toro y Moi ou encore Neon Indian sont les chefs de file de ce mouvement et nous vous conseillons d’écouter ces perles sons plus attendre. Accompagné de 3 claviers, une basse et une batterie, Washed out livre une prestation sympathique mais qui là encore manque de sommets malgré de magnifiques interprétations de Soft ou de Eyes be closed. Le concert demeure tout de même bon mais il apparaît clairement que tous ces groupes qui peuvent se livrer à toutes sorte d’expériences en studio ne peuvent les reproduire sur scène. Les Beatles faisaient face au même problème dans la deuxième partie des sixties. Car même s’il se dégage une atmosphère agréable dans les halles de la Villette, il manque quelque chose qui aurait transformé ce concert. Wild Beasts, eux aussi dans la lignée chillwave se propose alors de modifier mon jugement. Si l’on reste sur notre fin après Washed Out, « les bêtes sauvages » viennent finir le travail de manière magistrale. Une énergie sur scène qui admet peu de comparaison mêlée à une facilité déconcertante d’allier leurs guitares et les synthés qui s’accordent parfaitement avec le gigantisme du lieu. Les anglais jouent essentiellement des titres tirés de leur dernier album Smother, dont le fabuleux End to come soon. L’album, plutôt calme, est ce soir joué de manière plus violente et électronique montrant la capacité d’adaptation du groupe qui éclipse leurs prédécesseurs sur scène.
Les Halles de la Villette se préparent désormais à se transformer en boite de nuit géante avec au programme des magiciens des platines. Le premier à jouer l’illusionniste est Mondkopf. Extrêmement doué techniquement, le français livre une performance de grande qualité, augurant d’une longue nuit musicale. La retro projection de lignes et de courbes noires et blanches derrière lui confère une atmosphère spéciale à son set qui aura atteint un point de non retour lorsqu’il envoya The song of Shadows, véritable délice pour les oreilles.
Nous savons alors qu’Aphex Twin va venir d’un instant à l’autre faire ses gammes. Cet instant se révèle plus long que prévu car Pitchfork a d’immenses problèmes d’organisation et surtout d’installation des scènes entre deux artistes depuis le début du festival. Du coup, on claque encore de la thune pour des bières en attendant. L’excitation est à son comble lorsque Aphex se pointe derrière les platines et devant des vidéos hallucinantes de foule à un concert parfaitement calquées sur la musique. Disons le tout de suite : Aphex Twin était grandiose, un set fantastique, un voyage entre plusieurs galaxies sur lesquelles je n’avais jamais posé les pieds. On danse sans trop savoir pourquoi, on observe les sourires dans la foule et on ne se rend pas encore trop compte de la chance que l’on a d’être devant une des performances les plus déjantées du festival. Le grand retour d’Aphex Twin voulu par le créateur de Pitchfork Ryan Schreiber est une immense réussite tant le show était complet et atypique.
A partit de minuit, Pitchfork avait décidé d’organiser une « session club » et avait confié au berlinois Pantha du Prince le choix des artistes. C’est donc lui, Cut Copy, Four Tet et Erol Alkan qui ont quartiers libres jusqu’à 5 heures du matin. C’est Pantha, le prince de Pantin d’un soir, qui commence à envoyer la sauce. Un show très dark et musicalement très minimaliste mais dont les basses vous prennent à la gorge et font vibrer vos vêtements. Un set de musique d’ambiance d’une qualité assez exceptionnelle qui manque peut être parfois de décoller mais l’homme à la capuche façon Ku Klux Klan préfère nous laisser imaginer la suite du voyage.
C’est là que débute le grand scandale du festival. Pendant une heure et demie, seulement de la musique de fond alors que tout le monde attend Cut Copy qui ne monte pas sur scène. L’attente est franchement très longue pour 8o euros. La foule s’impatiente et quand enfin ils montent sur scène, la prestation est assez ridicule, dure à peine une demie heure et se termine sous les sifflets d’une partie du public. Il faut le dire, l’organisation mise en place par le webzine n’est pas à la hauteur de son renom. Le temps pour installer la scène entre deux prestations est ahurissant et empêche à cette soirée de passer au niveau supérieur. L’ambiance est retombée assez vite alors que la musique jouée devant nous atteint parfois de hauts niveaux. Mais lorsque Cut Copy est monté sur scène, il était déjà près de 4h. Trop fatigués ou trop bourrés, certains ont déjà rejoint leurs pénates et ont donc manqué Four Tet, qu’il aussi fallu attendre assez longtemps mais qui réussi à mouiller à nouveau le dancefloor. Erol Alkann viendra clôturer cette longue journée d’une manière assez spectaculaire grâce à la violence de son set devant des fans conquis qui ont eu le courage d’attendre si tard pour voir le producteur/DJ anglais. On rentre bien fatigué en se rendant compte qu’on a quasiment plus attendu les groupes que les avoir vu sur scène. On reste néanmoins confiant pour le lendemain, surs que ces problèmes techniques seront rétablis.
Ca n’a pas été le cas mais comme prévu la musique fut splendide. Pitchfork avait demandé à Bon Iver, le groupe américain du moment qui vient de publier un album au titre éponyme d’une extrême finesse et d’une douceur lancinante, d’inviter les artistes de son choix. The Rosebuds, Kathleen Edwards, Stornoway, Jens Lekman, Lykke Li et Bon Iver dans l’ordre de passage ont donc accordé leurs guitares et affuté leur voix pour une journée qui s’annonçait délicieuse pour nos tympans.
La tête un peu dans le coltar, on manque les deux premiers mais on arrive juste à temps pour le début de Stornoway. Les natifs d’Oxford nous permettent d’entrer tout en douceur dans une journée qui avait commencé par un « très léger » mal de tête. Tout en mélodie, nos cinq compères utilisent des instruments bizarres et leur musicalité n’en ressort que renforcée. Très drôle sur scène, le groupe est efficace, très agréable à écouter et promet de se faire un nom rapidement surtout lorsque l’on sait qu’ils viennent de signer chez l’excellent label britannique 4AD. Leur tube Zorbing est interprété avec brio et on a hâte de suivre la progression de ce groupe très prometteur. C’est au suédois Jens Lekman de continuer les festivités et de nous montrer ce que donne son très bon dernier album, An Argument with myself, sur scène. Simplement accompagné de son batteur et aidé par une interface qui lui permet de passer des boucles et d’électriser ses magnifiques harmonies. Les chansons du scandinave sont simplicité touchante. Pas au niveau musical, où Lekman par son jeu de guitare brillant arrive à faire oublier qu’ils ne sont que deux sur scène, mais plutôt au niveau des textes. Il raconte la vie d’un homme normal avec une émotion incomparable. Sa voix suave et incroyablement juste a du en faire pleurer plus d’une. Lui aussi extrêmement drôle sur scène, notamment lorsqu’il raconte que Kirsten Dunst dit aimer sa musique et qu’il essaya, sans succès, de la rencontrer en Australie ce qui a donné lieu au titre Awaiting on Kirsten ou alors quand il nous livre une interprétation musicale de sa tournée des bars à Melbourne. Jens Lekman nous transmet sa joie de vivre de la plus belle manière qui soit, en chantant comme il le faisait au premier jour.
Néanmoins, l’attente récurrente entre les artistes est toujours au rendez-vous et diminue considérablement le bon karma du jour. Nombreux ont été ceux qui se sont plaints sur la page Facebook de Pitchfork mais toutes ces doléances ont été effacées rapidement par la rédaction. Du coup, on fait tourner le bar et on discute avec quelques mélomanes. Tellement que l’on manque le début de la belle Lykke Li. Posons les bases dès maintenant, je ne suis pas dingue de cette musique même si je lui reconnais le mérite d’être largement écoutable. La compatriote de Lekman, derrière des rideaux noirs, ravit ses fans assez nombreux mais cela manque de punch et de vivacité. De la belle musique, certes, une voix sexy mais trop de tristesse ce qui contraste énormément avec ses deux prédécesseurs. On s’est en fait un peu ennuyé mais les héros de la soirée Bon Iver (prononcer hiver) ne devaient pas tarder à entrer en piste. Après les 45 minutes d’attente réglementaire, nos américains d’Alaska emmenés par le brillantissime Justin Vernon. Leurs deux album For Emma et Bon Iver ont remis au goût du jour un folk country atypique et magistralement orchestré notamment sur le dernier en date où l’imbrication d’instruments électroniques élève le groupe dans l’atmosphère. Le concert était de fait très attendu et dès les premiers accords de Perth, un sentiment nouveau nous envahit comme si l’on rentrait dans un monde inconnu. La voix aiguë de Vernon raisonne comme un chant mystique dans des halles de la Villette archi comble. Un set parfaitement préparé témoignant de l’immense maturité musicale du groupe où les arpèges de guitare répondent au accords de claviers, le tout porté à bout de bras par un chanteur hors du commun. Bon Iver rend heureux comme un coucher de soleil à l’horizon. Tout paraît si vrai et naturel qu’il est impossible de ne pas apprécier cette jolie bande. La mise en place d’une section cuivre, voulue par Vernon, donne plus de chaleur et d’authenticité à la performance que rien ne semblait pouvoir perturber. Calgary ou encore Towers nous font frissonner de bonheur et après deux rappels qui clôturent de la meilleure des façons le festival, on souhaiterait que cela dure encore un peu plus.
Musicalement, le Pitchfork Music Festival n’a pas déçu mais l’organisation laissait franchement à désirer ce qui ne peut que s’améliorer. Avec des artistes comme ceux qui étaient proposés, on ne peut qu’attendre la prochaine programmation avec impatience en espérant que cette fois ci pour 80 euros l’organisation sera à la hauteur des artistes qui eux, ont rendu possible un tel événement à Paris et rien que pour ça on doit tout de même remercier Pitchfork qui nous a concocté cette belle orgie.
On en demande encore plus et rien que les hot-dogs et leurs merveilleux petits oignons grillés nous fournissent une excuse pour revenir.
MK






























4 novembre 2011 at 11 h 18 min
MK, ne serais-tu ce fameux gardien aui a traversé 60m pour aller mettre une patate a un mec a Poitiers? En tout cas, ce jour-là je t´ai kiffé pour le reste de ma vie.
A bientot j´espère sur le campus de Paris,
Gwendoline
4 novembre 2011 at 11 h 35 min
hahaha, oui oui c’est bien moi, je pensais pas avoir autant marqué les esprits… A bientôt
4 novembre 2011 at 23 h 28 min
prince de pantin
5 novembre 2011 at 0 h 01 min
Oh c’est dingue j’habite à Poitiers et une de mes potes fan de football (eh oui ça existe) m’a parlé d’un gardien de paris qui avait mis deux buts dans un match ! Et je crois que c’est toi aussi, mKamm ! J’aurais tellement aimé voir ça !
5 novembre 2011 at 14 h 29 min
En plus, d’être un très bon gardien, tu écris à merveille.
Dommage qu’on ait pas ce genre d’homme à Poitiers.
Lucia (une autre fan du mini-crit)
ps: votre joueur, celui qui a mis le but en finale est, quant à lui, excellent. Le reverra-t-on encore cette année au MiniCrit à Dijon?
5 novembre 2011 at 16 h 53 min
MK, où peut-on te contacter?
Je serai sur Paris à partir de Mercredi, et notamment du côté de la Rue St Guillaume…
Lucia
22 juin 2012 at 12 h 51 min
Quel bonheur de retrouver ta trace MK ! Es-tu bien d’origine brésilienne ? Je me souviens t’avoir rencontré au nouvel an à Rio, j’espère que ce n’est pas un homonyme…
En plus d’être d’après les dires de tes camarades un excellent footballer (important pour une vraie supportrice, pas une groupie du Luminense), tu écris de la plus belle des manières et je me rappelle de toi comme le plus joyeux des lurons et même davantage !
Je passe à Paris cet été !
Je t’embrasse
13 septembre 2012 at 13 h 22 min
MK bourreau des coeurs…